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Il change comme un caméléon !

 

À cause de ses changements de couleur rapides et réversibles, le caméléon est très souvent pris en exemple pour décrire une attitude versatile. À sa capacité de camouflage est généralement associée une image d’opportuniste ! En effet, une rumeur populaire énonce qu’il est capable de prendre la couleur de n’importe quel support. Sa peau deviendrait donc strié vert-rose s’il est posé sur votre nappe rayé vert-rose ! Histoire enjolivée ou réalité ?

 

Tous les deux des vertébrés

Contrairement au caméléon dont le corps affiche des motifs chromatiques, l’Homme affiche globalement une seule couleur.Leur peau est faites de 3 couches : l’hypoderme, au-dessus duquel se situe le derme, et l’épiderme qui est la couche la plus superficielle.

L’épiderme humain est constitué de plusieurs types de cellules, dont 3 qui nous intéressent ici : les mélanocytes, les kératinocytes, et les cornéocytes.

 Les mélanocytes possèdent des mélanosomes qui sont des organites comparables à des « sacs », à l’intérieur desquels sont synthétisés et stockés des pigments bruns appelés « mélanine ». Cette macromolécule est responsable de la pigmentation de la peau, des poils, des cheveux, des iris et protège des rayonnements ultra-violets du soleil.

 Grâce à un système de transport, les mélanosomes sont illustration1acheminés vers les kératinocytes. Ces derniers migrent progressivement vers la surface, en se différenciant en cornéocytes qui sont des cellules mortes, cellules n’ayant plus de noyaux.

Ainsi, en fonction de l’héritage génétique, plus les mélanosomes sont grands, nombreux et remplis, plus la couleur de la peau est foncée.

Chez l’Homme, la mélanine est donc le pigment majeur, responsable de la pigmentation de la peau.

Malgré quelques similitudes, les mécanismes responsables de la pigmentation de la peau , et l’organisation au sein de ses différentes structures que sont l’hypoderme, le derme et l’épiderme diffèrent grandement entre les deux espèces.

Les indispensables chromatophores

Le changement de couleur du caméléon est rapide et réversible. Deux phénomènes en sont responsables. Le premier est physique, le second est neuro-hormonal et nommé  « effet Tyndall ».

Son épiderme possède 2 niveaux. Le niveau supérieur étant la couche cornée faite de cellules transparentes et rigides, le niveau inférieur étant la couche de malpighie fait de cellules en cours kératinisation (rigidification).

Lorsqu’on observe la peau d’un caméléon avec l’aide d’un microscope, on constate que les guanophores contenus dans la couche de Malpighi apparaissent jaunes lorsqu’ils sont placés à contre-lumière, et bleus contre un fond opaque.

Les iridophores formant une couche entre le derme et l’épiderme sont des cellules dites « réfractantes », car les directions des rayons lumineux qui les traverse sont déviés. Ce sont ces cellules qui sont responsables de «  l’effet Tyndall » : elles diffusent une partie de la lumière solaire qui les atteint. En fonction de leur position, la lumière peut soit n’atteindre que l’épiderme, soit s’introduire plus loin pour affecter les autres cellules colorées.

Schéma de la structure de la peau d'un caméléon

Schéma de la structure de la peau d’un caméléon

Dans le derme on trouve les chromatophores, cellules contractiles sous contrôle neuro-hormonal et contenant des pigments. Il existe plusieurs types de chromatophores : les mélanophores responsables d’une coloration noir ou marron, les xanthophores pour les pigments jaunes, et les érythrophores contenant les pigments rouges. Le changement de couleur est apporté par les mouvements des pigments à l’intérieur des chromatophores.

En effet: l’hormone appelée « intermidine » initie la contraction, ou la relaxation des chromatophores. C’est une activité rapide (quelques millisecondes ou secondes) et inconsciente.

Par exemple dans un mélanophore, les mélanosomes, ces fameux « sacs » contenant les pigments de mélanine, peuvent soit être disposés en périphérie de la cellule où ils absorbent efficacement la lumière et ainsi présentent cette couleur sombre; soit être agrégé et formé un petit volume dans le centre de la cellule. C’est grâce à ce mécanisme que l’on observe les assombrissements, éclaircissements, et motifs chromatiques de la peau du caméléon.

Autant de motifs que d’espèces

Il existe plus de 150 espèces de caméléons et les motifs chromatiques observés sont la résultante de la répartition des différents chromatophores. Répartition contrôlée par les gènes.
leurs changements de couleur ne sont pas liés à la variation des fonds de l’environnement. En d’autres termes, ils ne changent pas de couleur dans le but de se camoufler étant donné qu’il s’agit d’une activité inconsciente. Ces variations de couleurs sont plutôt une forme de réponse à des stimulus telles que la lumière, la température, l’humeur, et servent de moyen de communication avec d’autres membres de leurs espèces. Par exemple au repos, les caméléons arboricoles sont généralement vert clair ou jaune; quand la température est basse, ils perdent leurs couleurs et deviennent gris ; lorsqu’ils s’apprêtent à combattre, ils deviennent brun rougeâtre.

Caméléon arboricole

Caméléon arboricole

Connaissez-vous d’autres espèces animales ou végétales victimes d’idées reçues ?


 

Sources

Predator-specific camouflage in chameleons. Devi Stuart-Fox, Adnan Moussalli, Martin J Whiting.

Selection for social signalling drives the evolution of chameleon colour change. Stuart-Fox, Moussalli A.

The Chameleon Handbook. Par François Le Berre,Richard D. Bartlett,Patricia Bartlett.

The Biochemistry of Natural Pigments. Par George Britton

Autophagy has a significant role in determining skin color by regulating melanosome degradation in keratinocytes. Murase D, Hachiya A, Takano K, Hicks R, Visscher MO, Kitahara T, Hase T, Takema Y, Yoshimori T.

Chameleons communicate with complex colour changes during contests: different body regions convey different information. Russell A. Ligon, Kevin J. McGraw.

Universalis.fr

Larousse.fr

Crédits

Le schéma de la peau et du mélanocyte vient de melanome-patients.fr

Le schéma de la structure de la peau d’un caméléon vient de tanalahy.com

L’image du caméléon vient de nationalgeographic.com

Le schéma du mécanisme conduisant à l’éclaircissement et l’assombrissement des mélanophores a été fait par moi.

 

 

 

 

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