Des adversaires : Javel et Bactérie

J’ai eu un prof d’écologie qui avait à cœur de sensibiliser ses petits élèves sur la nécessité de respecter l’environnement. On n’était pas censé commencer la démarche dans la rue ou les espaces verts, mais chez nous.

Il commença par nous expliquer que « tous les êtres vivants sont interdépendants ». Je fus ok avec cette affirmation.

« Les végétaux qui sont des producteurs-capteurs d’énergie sont mangés par les consommateurs herbivores, mangés à leur tour par les consommateurs carnivores et omnivores. Enfin arrivent les décomposeurs tels que les bactéries, les champignons ou vers de terre qui transforment la matière organique en composés nutritifs pour les végétaux. La boucle est ainsi bouclée ». Très intéressant, j’adhérai.

« Les bactéries sont partout! Dans le gros intestin, sur la peau, l’arbre respiratoire, le sol, les vêtements, les murs… Elles font partie de notre écosystème. C’est d’ailleurs un scandale que de chercher à les éradiquer des sanitaires ! C’est aberrant de voir tous les produits utilisés dans ce but, on devrait les laisser tranquillement faire leur vie et leur travail ! « . J’eus un bug. Un vrai. Et je ne suis toujours pas sûre de partager cette vision radicale de l’hygiène.

Qui dit ennemi numéro un des bactéries dit eau de Javel, l’ancestrale Javel. Cette dernière a révélé des propriétés inattendues! Mais avant les détails, focus sur la bactérie!

 

Les bactéries : amies ou ennemies?

Les mots qui viennent en tête lorsqu’on parle de bactéries sont souvent « saleté », « virus », « invisibles », « microbes », « éradiquer », « désinfecter »… Les bactéries, virus et microbes semblent donc désigner la même entité. Mais il n’en est rien.

Les bactéries sont des êtres vivants qui ne possèdent qu’une cellule.

Schéma d'une bactérie
Schéma d’une bactérie

Les cellules bactériennes font partie des procaryotes, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de vrais noyaux. Elles n’ont donc pas de membranes nucléaires et ne possèdent qu’un seul chromosome. Chaque chromosome bactérien dispose de tous les éléments nécessaires pour assurer sa propre réplication. Les cellules bactériennes peuvent cependant contenir des éléments génétiques extra-chromosomiques appelés plasmides, capables également d’autoréplication.

On peut grossièrement regrouper les bactéries en 2 grandes catégories : nuisible et utile.
La plupart des bactéries nuisibles ne sont pas forcément connues par leur nom, mais les noms des problèmes qu’elles causent, eux, sont bien connus. Les termes « pneumonie », « angine », « endocardite », « choléra », « otite » vous parlent plus ou moins, sans doute.
Parmi les bactéries utiles et bienveillantes, on peut compter celles qui permettent l’affinage des fromages, qui interviennent dans la fabrication des produits laitiers, qui fournissent aux plantes des éléments nutritifs, sans oublier celles qui vivent sur et dans l’Homme, pour ne citer qu’elles.

Les bactéries sont à l’origine des très grands progrès réalisés dans le domaine de la génétique au cours de ses 25 dernières années. Elles sont même utilisées aujourd’hui en tant que messagers en génie génétique, pour modifier le génome d’êtres vivants.
Ces avancés sont dues à la rapidité de croissance des germes (par exemple, une bactérie Escherichia coli se divise toutes les 20 minutes), au fait que l’on peut travailler sur des populations considérables, et parce qu’il n’y a qu’un seul chromosome par cellule bactérienne, ce qui simplifie les études par rapport aux cellules diploïdes comme les cellules humaines qui ont 23 paires de chromosomes soit 46 chromosomes. Il n’y a pas donc pas photo: elles sont le choix par excellence lorsque l’on souhaite écourter une recherche.
Par ailleurs, c’est leur étude qui a été le point de départ de la compréhension de l’épidémiologie des maladies infectieuses et de leur résistance aux antibiotiques (c’est pas automatique)

Les virus eux, sont des entités non cellulaires possédant une coque protéique à l’intérieur de laquelle se trouve empaqueté le matériel génétique: soit de l’ADN, soit de l’ARN (Acide ribonucléique).

Schéma d'un bactériophage T4 : virus n'infectant que les bactéries
Schéma d’un bactériophage T4 : virus n’infectant que les bactéries

Ils n’ont pas de machinerie propre pour la synthèse des protéines, d’où le fait qu’ils doivent intégrer des cellules et en prendre contrôle pour assurer leurs multiplications. Ces entités sont insensibles aux antibiotiques, ne grandissent pas, n’ont pas de mouvement et se laissent transporter par les fluides.

Le terme micro-organismes ou microbes regroupent tous les êtres vivants qui ne sont visibles qu’au microscope. Les bactéries, les levures, les algues microscopiques, et les virus peuvent donc bien être appelés microbes!

 

Les vertus de la Javel

L’eau de Javel ou hypochlorite de sodium aide à éradiquer les bactéries cutanées et est prescrite pour soulager l’eczéma, qui est dû dans la plupart des cas, à une hypersensibilité du système immunitaire. Il est recommandé d’utiliser une petite quantité diluée dans de l’eau claire.

De récentes études du chercheur en dermatologie Thomas Leung, ont montré que l’eau de Javel favorise la multiplication cellulaire.
En effet, après avoir soumis à des bains de Javel, pendant 30 minutes, tous les jours, des souris ayant des lésions cutanées dues à des radiations, et des souris âgées, il a constaté que les épidermes des souris exposées aux radiations présentaient une plus grande repousse de poils et une meilleure guérison. Les épidermes des souris âgées qui s’étaient amincis avec le temps, avaient retrouvé une certaine épaisseur. Des résultants encourageants mais seule ombre au tableau : le vieillissement reprit après trois semaines.

Des études se poursuivent et de nombreuses possibilités s’envisagent déjà, comme améliorer la cicatrisation chez les personnes âgées, chez les patients en radiothérapie…
Le mythe de la fontaine de Jouvence sera-t-il bientôt remplacé par la très concrète Javel ? Affaire à suivre…

 


Sources

Éléments de génétique virale

Génétique bactérienne Bertrand Picard

CNRS

Larousse

Universalis

Eczemahelp

Science et vie

 

Crédit

« Schéma d’une bactérie » de Cours-pharmacie

« Schéma d’un bactériophage » T4 de Afd-ld

 

 

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